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Rabelais La Devinière
Temps de lecture : 4 min

Expressions historiques : le patois Ligérien (guide 2026)

Nadege Fresneau  •  Le 30/01/2026

Découvrez l’héritage linguistique fascinant de la Vallée de la Loire à travers ses expressions historiques, son patois tourangeau, berrichon, solognot et orléanais.

Un voyage authentique dans le patrimoine culturel immatériel du Centre-Val de Loire !

Les expressions historiques de la vallée de la Loire

« On n’est pas rendu à Loches »

Cette expression nationale trouve ses racines dans la Seconde Guerre mondiale. Entre 1940 et 1943, la ligne de démarcation sépare Tours (zone occupée) de Loches (zone libre) en Indre-et-Loire. La route départementale 943 reliant les deux villes devient un axe stratégique où les contrôles allemands sont fréquents, transformant un trajet court en parcours du combattant. Signification : il reste beaucoup de chemin avant d’atteindre un objectif. Usage : « Avec tout ce travail, on n’est pas rendu à Loches ! »

« À cœur vaillant, rien d’impossible »

Devise de Jacques Cœur (1395-1456), grand argentier du roi Charles VII et l’un des hommes les plus riches du XVe siècle. Fils d’un modeste marchand de Bourges (Cher), il illustre qu’avec courage et détermination, tout est possible. Cette devise est gravée sur son palais berruyer, chef-d’œuvre gothique. Le « cœur » désigne ici le courage moral, non l’organe vital.

« Mettre la pâtée »

Le 18 juin 1429, à Patay (Loiret), l’armée française menée par Jeanne d’Arc écrase les troupes anglaises lors de la guerre de Cent Ans. Cette victoire sans appel en moins d’une heure donne naissance à l’expression « mettre la Patay« , devenue « mettre la pâtée ». Signification : dominer complètement un adversaire, infliger une défaite écrasante.

« Être beurré comme un Petit LU »

En 1886, Louis Lefèvre-Utile crée à Nantes (Loire-Atlantique) le fameux Petit-Beurre LU, richement beurré. En argot, une personne ivre est dite « beurrée« . Le rapprochement donne cette expression savoureuse signifiant être complètement ivre. La Tour LU demeure un symbole emblématique nantais.

petit-beurre-nantes

Le Patrimoine Rabelaisien

François Rabelais (1494-1553), né à La Devinière près de Chinon, a enrichi la langue française d’expressions encore utilisées :

« Le mouton de Panurge » : Dans le Quart Livre, Panurge jette un mouton à la mer ; tous les autres suivent aveuglément. Désigne quelqu’un qui suit sans réfléchir, par conformisme.

« Un repas pantagruélique » / « Gargantuesque » : Les géants Pantagruel et Gargantua possèdent un appétit démesuré. Signifie un festin très copieux ou une proportion démesurée.

« Rire rabelaisien » : Rire franc, gras, sans retenue, avec une connotation truculente caractéristique de l’auteur tourangeau.

Statue de François Rabelais, Chinon

Le Parler Tourangeau

La Touraine, réputée pour « le plus pur français« , possède néanmoins ses particularités linguistiques :

Expressions Météorologiques :

« Il va tomber un agat d’iau » : Il va pleuvoir fort. « Agat » dérive du latin aqua (eau), conservé dans le patois tourangeau.

« Le temps s’abernaudisse » : Le temps se couvre, devient maussade.

« Il fait une frette de chien » : Il fait très froid (en tourangeau, « frette » est féminin !).

Vocabulaire quotidien

  • « À la r’voyure ! » : au revoir
  • « Allez les gâs ! » : salut les gars
  • « Se goulayer » : bien manger et boire
  • « Pétounner » : marcher lentement, traîner
  • « Brindzing » : éméché, à moitié ivre
  • « Être assaboui » : être épuisé
  • « Une berouette » : une brouette
  • « Culvouaner » : faire tomber, renverser

Particularité grammaticale : « Je » remplace « nous » (« J’avons » pour « nous avons »).

Le Patois Berrichon

Le Berry (Cher et Indre), immortalisé par George Sand, possède un patrimoine linguistique exceptionnel :

Expressions Berrichonnes

« Tazonner » : prendre son temps, lambiner. Symbole de l’art de vivre berrichon.

« Ni goût ni gouasse » : sans saveur, fade, insipide.

« Être en riolle » : être ivre, éméché.

« Une arnapé » / « Un agas d’iau » : une forte averse.

« D’à cause don ? » : pourquoi donc ?

« Bijer » : embrasser (« J’ai réussi à bijer la Marie ! »).

Vocabulaire

  • « Les Berriauds » : Les Berrichons
  • « Ventres jaunes » : Habitants de Brenne
  • « Une bouinotte » : Une lucarne
  • « Frisqueter » : Faire froid

Particularité : conjugaison spécifique avec « J’menons les oies » (Je mène les oies).

Le Parler Solognot et Orléanais

La Sologne (entre Orléanais, Berry et Blésois) possède des particularités phonétiques distinctes :

Transformations Solognotes

  • -al → -au : « Un chevau » (cheval), « un animau » (animal)
  • e- initial ajouté : « Une estatue », « espéciau »
  • oi → oé : « Roé » (roi), « boés » (bois), « histoére »

Expressions Orléanaises

  • « Le toucheux » : le guérisseur, rebouteux
  • « Les cognes » : les gendarmes
  • « Une rincette » : un petit verre d’alcool
  • « Courir le cotillon » : draguer, chercher l’amour
  • « À lure-lure » : approximativement, ni fait ni à faire

Les expressions de la vallée de la Loire constituent un patrimoine immatériel d’une richesse exceptionnelle.

De Rabelais à George Sand, de Jacques Cœur à Jeanne d’Arc, ces tournures portent l’histoire et l’âme du territoire. Si certaines expressions ont dépassé les frontières régionales, d’autres restent le trésor des Ligériens.

Préserver ces parlers, c’est maintenir vivante la diversité culturelle française.

Allez les gâs, à la r’voyure !

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