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Découvrez l’héritage linguistique fascinant de la Vallée de la Loire à travers ses expressions historiques, son patois tourangeau, berrichon, solognot et orléanais.
Un voyage authentique dans le patrimoine culturel immatériel du Centre-Val de Loire !
« On n’est pas rendu à Loches »
Cette expression nationale trouve ses racines dans la Seconde Guerre mondiale. Entre 1940 et 1943, la ligne de démarcation sépare Tours (zone occupée) de Loches (zone libre) en Indre-et-Loire. La route départementale 943 reliant les deux villes devient un axe stratégique où les contrôles allemands sont fréquents, transformant un trajet court en parcours du combattant. Signification : il reste beaucoup de chemin avant d’atteindre un objectif. Usage : « Avec tout ce travail, on n’est pas rendu à Loches ! »
Devise de Jacques Cœur (1395-1456), grand argentier du roi Charles VII et l’un des hommes les plus riches du XVe siècle. Fils d’un modeste marchand de Bourges (Cher), il illustre qu’avec courage et détermination, tout est possible. Cette devise est gravée sur son palais berruyer, chef-d’œuvre gothique. Le « cœur » désigne ici le courage moral, non l’organe vital.
Le 18 juin 1429, à Patay (Loiret), l’armée française menée par Jeanne d’Arc écrase les troupes anglaises lors de la guerre de Cent Ans. Cette victoire sans appel en moins d’une heure donne naissance à l’expression « mettre la Patay« , devenue « mettre la pâtée ». Signification : dominer complètement un adversaire, infliger une défaite écrasante.
En 1886, Louis Lefèvre-Utile crée à Nantes (Loire-Atlantique) le fameux Petit-Beurre LU, richement beurré. En argot, une personne ivre est dite « beurrée« . Le rapprochement donne cette expression savoureuse signifiant être complètement ivre. La Tour LU demeure un symbole emblématique nantais.

François Rabelais (1494-1553), né à La Devinière près de Chinon, a enrichi la langue française d’expressions encore utilisées :
« Le mouton de Panurge » : Dans le Quart Livre, Panurge jette un mouton à la mer ; tous les autres suivent aveuglément. Désigne quelqu’un qui suit sans réfléchir, par conformisme.
« Un repas pantagruélique » / « Gargantuesque » : Les géants Pantagruel et Gargantua possèdent un appétit démesuré. Signifie un festin très copieux ou une proportion démesurée.
« Rire rabelaisien » : Rire franc, gras, sans retenue, avec une connotation truculente caractéristique de l’auteur tourangeau.

La Touraine, réputée pour « le plus pur français« , possède néanmoins ses particularités linguistiques :
« Il va tomber un agat d’iau » : Il va pleuvoir fort. « Agat » dérive du latin aqua (eau), conservé dans le patois tourangeau.
« Le temps s’abernaudisse » : Le temps se couvre, devient maussade.
« Il fait une frette de chien » : Il fait très froid (en tourangeau, « frette » est féminin !).
Particularité grammaticale : « Je » remplace « nous » (« J’avons » pour « nous avons »).
Le Berry (Cher et Indre), immortalisé par George Sand, possède un patrimoine linguistique exceptionnel :
« Tazonner » : prendre son temps, lambiner. Symbole de l’art de vivre berrichon.
« Ni goût ni gouasse » : sans saveur, fade, insipide.
« Être en riolle » : être ivre, éméché.
« Une arnapé » / « Un agas d’iau » : une forte averse.
« D’à cause don ? » : pourquoi donc ?
« Bijer » : embrasser (« J’ai réussi à bijer la Marie ! »).
Particularité : conjugaison spécifique avec « J’menons les oies » (Je mène les oies).
La Sologne (entre Orléanais, Berry et Blésois) possède des particularités phonétiques distinctes :
Les expressions de la vallée de la Loire constituent un patrimoine immatériel d’une richesse exceptionnelle.
De Rabelais à George Sand, de Jacques Cœur à Jeanne d’Arc, ces tournures portent l’histoire et l’âme du territoire. Si certaines expressions ont dépassé les frontières régionales, d’autres restent le trésor des Ligériens.
Préserver ces parlers, c’est maintenir vivante la diversité culturelle française.
Allez les gâs, à la r’voyure !
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Crédits photos :
©my Loire Valley, ©-Fabienne-Boueroux